1. Qui peut acheter un bien immobilier en Israël ?
La réponse courte : à peu près tout le monde. Israël n'impose aucune restriction de nationalité pour l'achat d'un bien résidentiel privé. Un citoyen français, américain, européen ou asiatique peut acheter librement au même titre qu'un citoyen israélien.
Trois cas particuliers méritent attention :
- Terrains de l'Etat (karkaot medina) — majoritairement sous régime de bail emphytéotique (99 ans, renouvelable) via la Rashut Mekrkei Yisrael (ILA). Acheter sur ce type de terrain revient à acheter le bâti et le droit d'usage du sol, pas la pleine propriété foncière. Très fréquent — rien de bloquant mais à vérifier.
- Terrains de communautés religieuses (Waqf musulman, Église) — certains biens à Jaffa ou dans la vieille ville peuvent être sur ces terrains. Leur statut doit être vérifié par l'orech din avant toute offre.
- Résidences étudiantes et HLM (dira bebeniya tsiburit) — des programmes spécifiques avec conditions d'achat propres.
Pour un appartement classique à Tel Aviv, Neve Tzedek, Bavli ou Herzliya Pituach, aucune restriction ne s'applique.
2. Faut-il un visa ou une carte de résidence ?
Non. Aucun visa, aucune carte de résidence, aucune démarche d'immigration n'est requise pour acheter un bien en Israël. Votre passeport français suffit pour :
- Vous identifier auprès de l'orech din
- Obtenir un numéro d'identification fiscale israélien (tik mas rechisha) pour la transaction
- Ouvrir un compte bancaire israélien si vous en voulez un
- Déposer vos déclarations fiscales liées à l'achat
L'achat peut se faire :
- En présentiel — vous signez chez l'orech din à Tel Aviv
- Par procuration (yipui koach) — vous mandatez votre orech din ou un tiers pour signer en votre nom, avec une procuration notariée en France puis apostillée
- Par visio pour les étapes intermédiaires — de plus en plus toléré depuis 2023
3. L'orech din : le vrai pilote de la transaction
En Israël, il n'existe pas de notaire au sens français du terme pour les transactions immobilières. L'opération est entièrement pilotée par l'orech din (עורך דין), un avocat spécialisé en immobilier qui joue à la fois :
- Rôle d'avocat-conseil (pour l'acheteur ou pour le vendeur, jamais les deux)
- Rédacteur du hesem (compromis de vente)
- Vérificateur au Tabou (cadastre) et au pinkas habatim (registre des copropriétés)
- Intermédiaire avec les autorités fiscales pour la mas rechisha
- Gestionnaire du séquestre (ne'emanut) — dépôts intermédiaires avant remise des clés
Chaque partie a son propre orech din. Le choix de votre orech din est critique : il faut un cabinet expérimenté sur les transactions internationales, idéalement francophone, qui comprend les enjeux fiscaux croisés France-Israël.
Wild Rénovation travaille depuis plusieurs années avec un réseau d'orech din francophones de confiance à Tel Aviv. Nous présentons toujours plusieurs cabinets à nos clients pour qu'ils choisissent.
4. La mas rechisha : taxe d'acquisition
La mas rechisha (מס רכישה) est la taxe d'acquisition israélienne — l'équivalent lointain des « frais de notaire » français, mais très différent dans sa structure.
Principe
C'est une taxe progressive payée par l'acheteur aux autorités fiscales israéliennes dans les 60 jours suivant la signature du hesem. Son taux varie selon :
- Le statut de l'acheteur (résident israélien ou non)
- Qu'il s'agisse d'une résidence principale unique, secondaire ou d'un bien supplémentaire
- Le prix du bien (barème progressif par tranches)
Non-résident : taux applicables
Pour un non-résident, il n'y a pas de tranche d'exonération à zéro. Le taux démarre généralement à 8% du prix pour la première tranche et monte à 10% au-delà d'un certain seuil. Les tranches exactes sont révisées chaque année par les autorités israéliennes et doivent être vérifiées au moment de la transaction avec votre orech din.
Comparaison avec résident israélien
Un résident israélien premier acheteur (dira rishona) bénéficie d'une exonération totale sur une première tranche, puis d'un taux progressif plus bas (généralement 0% / 3,5% / 5% / 8% / 10% selon les tranches). D'où l'écart avec le non-résident.
Autres frais de transaction
| Poste | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Honoraires orech din (acheteur) | 0,5% à 1,5% du prix + TVA |
| Agent immobilier (meta'al) | 2% + TVA (si bien listé par un agent) |
| Frais de dossier bancaire si prêt | Variable selon la banque |
| Enregistrement au Tabou | Faible (centaines de shekels) |
5. Financement bancaire israélien pour non-résident
Les quatre grandes banques israéliennes (Hapoalim, Leumi, Mizrahi, Discount) ainsi que des banques spécialisées (Bank Yahav, First International) accordent des prêts hypothécaires (mashkanta) aux non-résidents.
Conditions typiques pour non-résident
- LTV (loan-to-value) : 50% standard, jusqu'à 60-70% selon profil et banque
- Durée : 10 à 25 ans, selon âge et profil
- Taux : indexé sur le prime rate israélien, parfois sur l'indice des prix (madad), ou fixe. Structure souvent mixte (une partie prime, une partie fixe, une partie indexée).
- Devise : shekel principalement, parfois tranche en EUR ou USD selon la banque
- Garanties : hypothèque de 1er rang sur le bien
Dossier à préparer
- Passeport + preuve d'identité
- 3 dernières fiches de paie ou bilans si indépendant
- Déclarations fiscales françaises (2 dernières années)
- Avis d'imposition
- Relevés bancaires (3 à 6 mois)
- Justificatif de l'apport (traçabilité origine fonds)
Comptez 4 à 8 semaines pour l'instruction. Négocier avec plusieurs banques en parallèle est la norme.
6. Les étapes de l'achat, de l'offre à la remise des clés
- Visite et offre (hatzaa) — vous visitez (ou pré-expertisez à distance), vous faites une offre verbale ou écrite.
- Vérifications préliminaires — votre orech din vérifie au Tabou le propriétaire réel, les hypothèques existantes, les droits de passage, les permis de construire, le statut TAMA 38 éventuel.
- Hesem (compromis) — contrat de vente signé chez l'orech din. Vous versez généralement 10-15% du prix en séquestre. Le reste est échelonné jusqu'à la remise des clés.
- Déclaration mas rechisha — dans les 30 jours, calcul et paiement de la taxe aux autorités fiscales.
- Déblocage du prêt (si financement) — mise en place de l'hypothèque, versement progressif.
- Remise des clés (mesirat miftach) — paiement du solde, état des lieux, remise des clés et transfert des services (électricité, eau, gaz, Vaad HaBayit).
- Enregistrement au Tabou — votre orech din dépose le dossier de transfert de propriété définitif. Peut prendre plusieurs mois mais ne change rien à votre usage du bien.
Durée totale moyenne : 2 à 4 mois. Avec financement bancaire : 3 à 6 mois.
L'orech din ne regarde pas le bâti. Nous, oui.
L'orech din sécurise l'aspect juridique de la transaction. Mais il ne regarde pas l'état du bâti, la faisabilité d'une rénovation, l'ampleur des travaux à prévoir. C'est notre rôle. Avant de signer le hesem, nous envoyons un expert sur place pour un rapport détaillé sur l'état réel du bien et le coût estimé de la rénovation au standard que vous visez.
Demander une pré-expertise7. Les 7 pièges classiques à éviter
1. Signer sans pré-expertise technique
Beaucoup d'acheteurs français signent sur un coup de cœur sans faire évaluer l'état réel du bien et le coût d'une rénovation sérieuse. Résultat : budget travaux explosif, surprises structurelles, décote à la revente. Une pré-expertise coûte peu et change tout.
2. Choisir un orech din non-francophone
L'orech din sera votre interlocuteur principal pour les 3 à 6 prochains mois. S'il ne parle pas français, des subtilités fiscales ou patrimoniales peuvent se perdre. Préférez un cabinet avec un associé francophone.
3. Sous-estimer la mas rechisha
8-10% du prix, c'est un vrai budget. À intégrer dès la négociation. Certains vendeurs tentent d'intégrer le mobilier au prix pour dégonfler artificiellement la mas rechisha — l'orech din doit vérifier la cohérence des valorisations.
4. Négliger le statut TAMA 38 de l'immeuble
Un immeuble en cours de TAMA 38 (rénovation ou démolition-reconstruction) peut vous apporter de la plus-value… ou un chantier de 2-3 ans sur votre immeuble. Notre guide TAMA 38 détaille les cas.
5. Ne pas vérifier le pinkas habatim
Le registre des copropriétés indique l'état du Vaad HaBayit (charges impayées, procédures en cours, décisions de travaux votées). Un immeuble avec grosse dette collective ou travaux lourds votés peut faire exploser votre budget.
6. Oublier la fiscalité française
Acheter en Israël a des conséquences en France aussi : déclaration IFI (impôt sur la fortune immobilière) si patrimoine global > 1,3 M€, déclaration des comptes étrangers, imposition des revenus locatifs. La convention fiscale France-Israël évite la double imposition mais nécessite une bonne coordination. Consultez un fiscaliste français ET israélien.
7. Signer en période de flou politique ou monétaire
Le shekel peut fluctuer fortement. Un achat financé en EUR mais payé en ILS peut coûter 10% de plus en 3 mois selon les taux de change. Planifier la couverture avec votre banque et votre orech din.
8. Après l'achat : fiscalité, location, revente
Taxes foncières annuelles
L'équivalent israélien de la taxe foncière est l'arnona, payée à l'Iriya (mairie). Elle varie selon le quartier, la surface et l'usage. Pour un 3-pièces à Tel Aviv, comptez quelques milliers de shekels par an.
Location saisonnière (Airbnb)
À Tel Aviv la location court séjour est encadrée. L'Iriya a introduit en 2024 des règles plus strictes : déclaration obligatoire, limite de nuits par an pour les biens non-déclarés comme meublés de tourisme, contrôle urbain. Vérifier avant d'investir avec cet usage en tête.
Revente et plus-value (mas shevakh)
En cas de revente, la taxe sur la plus-value immobilière (mas shevakh) s'applique. Taux et exonérations varient selon la durée de détention, le statut (résident / non-résident), et la nature du bien. Convention France-Israël à articuler avec votre fiscaliste.
Succession
Un point majeur souvent négligé : le droit successoral israélien et le droit français peuvent entrer en conflit. Un bien à Tel Aviv peut être soumis au droit français (si vous êtes résident fiscal français) ou israélien (selon où est votre résidence habituelle). Faire rédiger un testament binational ou articuler les deux juridictions avec un notaire français + orech din.